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Poèmes de janvier
01/01/2016   -   01/01/...

Un poème. Une enveloppe.

Un endroit de passage.

Le mois de janvier.

Commencement.

Recommencement.

Partage.

DÉMARCHE

Depuis cinq ans, chaque jour du mois de janvier, je glisse dans une enveloppe un poème qui m'inspire, recopié ou rédigé pour l'occasion. L'enveloppe est ensuite déposée dans l'espace public, à destination d'inconnu.e.s dont je ne saurai rien. J'invite chaque année mes proches et moins proches à m'accompagner dans cette aventure poétique. En janvier 2016, ils.elles ont été un peu plus de 200 à parsemer villes et villages de poèmes secrets.

Semer un poème de janvier, c'est faire une expérience de générosité, d'intimité partagée, de gratuité, de courage, de jeu, de joie, de (re)découverte de son environnement quotidien. Un geste de reconnexion avec soi et avec l'inconnu, un moment de lâcher-prise, de rigueur, de douceur et de conscience collective. Expérience chaque jour unique dans sa forme et dans son intention, chaque jour renouvelée.

Cinq ans plus tard, je crois toujours à la nécessité d'instaurer dans notre société de nouveaux rites qui nous invitent à nous rappeler, de manière cyclique, à nos devoirs d'humain.es.

Manon Crivellari

Traces de semaisons poétiques en espace public : à découvrir ici (2016 - ...)

Poèmes de janvier 2021... à écouter !

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MÉMOIRES

1er janvier 2016, Paris.

Un mois et demi plus tôt mon cœur était troué par des hommes chargés de feu, mon insouciance éventrée et la peur vidée de mon corps sur le trottoir, par tous les orifices. La guerre avait percé mon sac de rêves, violé mon quotidien. À quelques rues de chez moi, la guerre avait fait dérailler mon vélo et fermé tout itinéraire. Depuis, j’errais, à distance de la maison, dans un moi à demi perdu, disséqué par la colère : un côté enragé d’une douleur enfouie sous l’os, l’autre côté maquillé de normalité feinte. Je ne savais plus trop par où me réunir.

Ici il y avait la colère, il y avait la peur, et puis la rage de vivre, et puis la rage d’aimer qui s’animait dans bien des cœurs. Fusils à fleurs s’armaient de tous côtés.

Je n’étais pas, là, seule.

Alors au premier jour, le premier moi de cette année nouvelle largua sa première bombe : bombe imbibée d’amour pour un grand nettoyage planétaire de mon cœur.

1er janvier 2016.
Premier poème du mois :

c’est Le Pyromane Adolescent* qui m'envoie.

Une semaison poétique s’organise, en résistance par la douceur. Bientôt écloront chaque jour des enveloppes de joie qui tomberont en pluie brûlante dans les rues de Paris puis, peu à peu, d’ailleurs.

"Pour une explosion planétaire de l’amour".

Manon Crivellari
 

*

POUR UNE EXPLOSION PLANÉTAIRE DE L'AMOUR

 

je tends des grappes de lumière
pour fructifier la nuit
et le jour tiré à peine
un goût de raisin mûr s'éveille
sous ma langue
en hommage aux vignobles
qui savent trinquer les coeurs
à la santé du verre brisé
de l'année qui trépasse
dans les bras d'une autre qui s'en vient

entre filles et garçons de même cours
de même monde
je rends les armes
à vos pieds de soldat sur la terre
soldat du sol à la solde du rêve
soldat du sol sans képi
ni mission de décapiter
la tête de l'eau au chevet de la fleur de l'âge

entre filles et garçons
de même cours
de même monde
je rends les armes
et vous recommande
une seule bombe sous le manteau
le mot d'amour

le mot d'amour
pour une redistribution de l'amour planétaire.

James Noël, Le Pyromane adolescent